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jeudi 1 mars 2012

R.D.C - La problématique de la marche du 16 février 2012

(Le Potentiel 29/02/2012)

La marche dite des chrétiens du 16 février 2012 soulève pour le chrétien, le politique, le dirigeant et le citoyen deux types de problèmes particulièrement lancinants; l'un d'essence légale et républicaine, l'autre d'essence morale et éthique. Si les problèmes d'ordre légal et républicain trouvent solution dans les dispositions constitutionnelles et légales en vigueur dans la République, il n'en est pas de même pour les problèmes d'ordre moral et éthique qui ont plongé la communauté chrétienne et la société kinoise dans un certain désarroi perceptible par la façon chaotique dont cette marche a été organisée et par la façon mitigée presque indifférente que la population l'a reçue et perçue.
Des voix autorisées de l'Eglise, comme certains évêques, se sont élevées pour dénoncer le caractère chrétien catholique attribué à cette marche, non initiée par la CENCO; d'autre part, des hommes politiques chrétiens ont dénoncé ce décret de la part de certains prêtres et responsables laïcs qui n'ont pas associé les autres organisations laïques comme l'ADEC ou l'Aumônier des hommes politiques catholiques.
Sur le plan légal, le fait que le communiqué appelant les chrétiens à la marche était lancée par une organisation légalement inconnue et sans adresse, et signé par des personnes dont la responsabilité ne pouvait être engagée au nom des chrétiens au regard des dispositions en vigueur, a amené le gouverneur de la ville à annuler ladite marche pour ne pas livrer l'ordre public aux mains d'irresponsables, légalement s'entend.
Car nous sommes dans une République qui vit sous l'emprise de l'Etat de droit conformément à la volonté du peuple congolais.
Au plan moral et éthique, cependant, se pose le problème de la mission prophétique de l'Eglise que certains prêtres, initiateurs de ladite marche, ont évoqué pour légitimer leur action politique et entraîner les chrétiens.
En tout état de cause, qu'entend-on par mission prophétique de l'Eglise dans la transformation de la société et du monde.
La vie et l'expérience, en la matière, du Cardinal Malula, à la tête de l'Archidiocèse de Kinshasa, sont une référence et une illustration à notre portée de la mission prophétique de l'Eglise et de ce qu'être prophète veut dire pour l'homme de Dieu.
Le témoignage du Mgr D. Nlandu est édifiant à ce propos" lorsqu'il écrit «En tant que Prêtre, il - le Cardinal Malula - fut prophète éclairant les problèmes contemporains de la lumière d'évangile». «Il fut l'homme de Dieu, libre de toute inféodation, par l'ascèse du Corps et de l'Esprit».
Ce que le Cardinal Malula traduit dans les faits en organisant son presbyterium et les laïcs sur le plan local, et en préconisant un Concile africain sur le plan international.
Mgr Tshibangu abonde dans le même sens en donnant quelques éléments qui nous permettent de reconnaître dans certaines circonstances le prophète de Dieu lorsqu'il dit, se référant à la vie du Cardinal Malula, «le prophète de Dieu est une figure significative à un moment décisif de l'histoire comme témoin de Dieu».
A propos des chrétiens, il dit «les chrétiens doivent être des prophètes pour aujourd'hui c'est-à-dire engagés spirituellement et socialement avec pour objectif de redynamiser leurs actions au sein des communautés ecclésiales vivantes de base; «les chrétiens de Kinshasa doivent s'efforcer d'être toujours plus engagés dans la foi, plus apostoliques, plus missionnaires», dixit Mgr Tshibangu qui fut longtemps auxiliaire du Cardinal Malula à l'Archidiocèse de Kinshasa.
Ainsi lorsque le communiqué invitant les chrétiens à la marche le 16 février 2012 précise que «l'Eglise va continuer ses actions jusqu'à l'avènement de l'Etat de droit, de toute évidence, cette marche s'éloigne de la mission prophétique de l'Eglise pour poursuivre la mission républicaine de l'Etat.
D'où, le désarroi au sein du clergé et de la communauté chrétienne, d'autant que cette vision et cette approche sont loin de la vision communément partagée dans l'Eglise depuis St Thomas d'Aquin, à savoir la foi nous montre le but de la vie humaine, qui est le bonheur avec Dieu. C'est cette foi inébranlable que le Cardinal Monsengwo affirme admirer en Malula.
La référence à la vie du Cardinal Malula à la tête d'Archidiocèse de Kinshasa devrait inspirer les initiateurs de cette marche.
Car dans des circonstances particulièrement tragiques sous la 2ème République, lorsque la foi chrétienne et la vie de l'Eglise étaient en danger, le Cardinal Malula n'a jamais cédé à la tentation de l'action politique et du temporel en appelant les chrétiens à marcher alors que le président Mobutu voulait imposer l'hégémonie de la doctrine du MPR sur l'Eglise et sur la foi poussant la provocation jusqu'à le chasser de sa résidence. Pour calmer la tempête et inspirée par la sagesse divine, le Saint-siège rappela le Cardinal à Rome.
En réaction à tous ces événements et fort de sa profonde conviction que l'Eglise congolaise devait coexister avec un Etat Congolais. Le Cardinal demande tout simplement à ses chrétiens de prier pour l'Archidiocèse et le pays.
D'ailleurs, en ces temps-là, c'est-à-dire en 1975, l'Assemblée épiscopale ancêtre de la CENCO déclare que «l'Eglise n'est pas un Etat dans un Etat, elle n'est pas une puissance rivale. Elle ne s'organise que pour servir Dieu et la Nation».
Même les évêques africains adoptent la même ligne de conduite, quoique excédés par les mesures du président Mobutu contre l'Eglise et le Cardinal en déclarant «nous faisons appel à Mobutu pour trouver une solution».
La voie de la sagesse divine, source de cette attitude de grande retenue, triompha puisque le 15 mai 1972, - soit 3 mois après l'exil du Cardinal à Rome - Mobutu bat en retraite permettant ainsi le retour du Cardinal à Kinshasa.
A cette occasion, le Cardinal Malula écrit aux chrétiens : «Je me réjouis de voir que partout dans les paroisses, le travail a pris normalement et que tout le monde se donne à cœur joie, malgré les difficultés».
L'exemple du Cardinal Malula devrait calmer le prosélytisme de nos vaillants abbés. Leur ardeur devrait servir la mission prophétique de l'Eglise dans la transformation du Congo et du Monde en éclairant les problèmes contemporains de la lumière d'évangile, libre de toute inféodation, en tant que témoins de Dieu dans la société.
Un autre problème lancinant survient à l'occasion de ce débat sur la marche du 16 février 2012.
Il s'agit du rapport entre le choix fondamental, c'est-à-dire la liberté et les comportements concrets comme la marche du 16 février 2012.
Au sujet, Saint Paul écrit aux Galates «vous êtes appelés à la liberté; mais que cette liberté ne donne prétexte à satisfaire la chair».
Et comme en écho résonne cette réflexion faite par Benoît XVI ce 18 février 2012 aux Cardinaux réunis en consistoire ordinaire public à Rome: «que votre mission dans l'Eglise et dans le monde soit toujours et uniquement dans le Christ, qu'elle réponde à sa logique et non à celle du monde, qu'elle soit éclairée par la foi et animée par la charité qui nous viennent de la croix glorieuse du Christ».
Le Pape Jean Paul II consacre le chapitre II de son encyclique «Veritatis spi end or» à la nécessité de discernement pour l'Eglise sur certaines tendances théologiques actuelles.
A ce sujet, le Pape Jean Paul II écrit «si l'on considère les préceptes moraux positifs, c'est-à-dire ce qui est permis - la prudence doit toujours vérifier leur pertinence dans une situation déterminée, en tenant compte, par exemple, d'autre devoirs peut être plus importants ou plus urgents.
Dans cet ordre d'idées, l'on peut de poser la question en tant que chrétien ou prêtre, si la marche du 16 février 2012 était plus importante et plus urgente que redynamiser la foi dans le CEVB pour combattre les antivaleurs au regard de la situation actuelle et donner ainsi espérance à la jeunesse à la lumière de l'Evangile en ce moment de tribulation, pas seulement pour notre pays mais aussi pour le monde entier.
L'espérance est fondamentale autant dans la vie d'un homme que dans celle d'un peuple. L'entretenir est faire œuvre divine, la tuer est faire œuvre criminelle sinon diabolique.
C'est ainsi que dans son message aux jeunes en 2009, le Pape Benoît XVI écrit : «la question de l'espérance, en vérité, est au centre de notre vie d'êtres humains et de notre mission de chrétiens».
Dans son encyclique Spe salvi, le Pape tranche «la politique, la science, la technique, l'économie et toute autre ressource matérielle ne sont pas suffisantes à elles seules pour offrir la grande espérance à laquelle tous aspirent. Cette espérance ne peut être que Dieu seul qui embrasse l'univers et qui peut nous proposer et nous donner ce que, seuls, nous ne pouvons atteindre».
L'amalgame entre la foi et l'engagement politique risque d'être improductif et pour l'Etat et pour l'Eglise. Déjà, il y a division parmi les chrétiens et les prêtres quant à cette marche.
Que les initiateurs et adeptes catholiques de cette marche aient à l'esprit cette sentence prophétique de l'abbé Mugaruka «la fécondité de la parole de Dieu dans le cœur des hommes demeurera toujours le fruit et l'œuvre du Saint-Esprit».
En plus, des problèmes moraux et de la foi, pourquoi les initiateurs ont-ils voulu créer un conflit factice Eglise-Etat - et une crise de conscience chrétien-citoyen en organisant ladite marche absolument le jeudi - journée de travail. Ceci est une indication supplémentaire qu'il y avait une visée politique de bloquer le fonctionnement de la cité. Pourquoi les abbés encadreurs n'ont-ils pas demandé aux responsables de la marche de s'inspirer de la sagesse divine des évêques de l'Eglise du Congo qui n'avaient pas hésité à célébrer le dimanche toutes les fêtes tombant le jour de semaine lorsque le pouvoir MPR avait décidé de considérer les jours de la Nativité et de grandes fêtes chrétiennes comme non fériés et journées de travail.
Enfin, quel serait le regard du monde sur la RDC et le peuple congolais, particulièrement de l'Occident, si à chaque 4 janvier la population kinoise se présentait devant l'ambassade de Belgique avec slogan hostile pour commémorer les victimes du 4 janvier 1959. Ce serait une drôle de façon de les honorer.
En tout état de cause, était-il nécessaire, pour commémorer les chrétiens morts pour leur engagement politique, jeter de la confusion dans les esprits en donnant une connotation ecclésiale à une marche dont le caractère authentiquement chrétien est sujet à caution compte tenu du hold-up médiatique de l'opposition qui a fini par instrumentaliser les chrétiens au service d'un agenda politique caché.
Dès lors, une question surgit à l'esprit, les laïcs et les abbés initiateurs de la marche du 16 février 2012 étaient-ils naïfs, complices ou victimes?
En tant que chrétien de base, en effet, je suis membre du noyau CEVB Molende de la paroisse St Philippe au Camp Luka, j'affirme que cette initiative de CALCC a jeté trouble, et confusion dans nos esprits.
D'autant que l'unanimité proclamée urbi et orbi par les organisateurs n'était que factice, puisque beaucoup de paroisses n'ont même pas lu ledit communiqué à l'Eglise comme il est de coutume lorsque la CENCO fait une communication à l'attention des chrétiens.
Que dire alors de la démission du président de CALCC pour ne pas cautionner un dessein inavoué poursuivi par les organisateurs.
En tant que croyant, nous devons nous référer à la sagesse divine lorsque nous intervenons dans la société en tant que chrétien.
Le zèle non éclairé des laïcs et des abbés initiateurs de la marche du 16 février 2012 n'est pas sans rappeler l'attitude de Jean et de Jacques, fils de Zébédée qui poursuivent les rêves de gloire auprès de Jésus en demandant d'être assis l'un à la droite et l'autre à la gauche du Seigneur.
A eux comme à tous ceux qui sont fascinés par la quête du pouvoir et de la gloire à l'ombre de l'Eglise, le Christ répond : «Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire?»
Président National de la CDR Cadre de la Majorité Présidentielle
Membre du noyau CEVB Molende paroisse St Philippe/Camp Luka-Ngaliema
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