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mardi 18 décembre 2012

RD CONGO, entre humiliation d’un peuple, détresse politique et leçons de l’histoire

Ce qui se passe en République Démocratique du Congo devrait être suivi avec attention. Ce pays dont le peuple se sent profondément bafoué et humilié depuis 1996 (première Guerre du Congo) pourrait être un laboratoire de ce que nous réserve l’avenir, à l’appui des leçons du passé, de meilleur comme de pire. Le silence des grands médias et des grandes puissances sur un véritable génocide qui se déroule au Congo ouvre la voie à un avenir incertain, non seulement pour les Congolais.
Il suffit pourtant de taper dans le portail de Google « Congo massacres », puis de cliquer sur « images[1] » pour ouvrir juste une lorgnette sur la pire campagne d’extermination des populations au monde depuis la Shoah. Mais tout le monde se tait, du moins ceux qui sont censés parler de la barbarie et des violations des droits de l’Homme dans le monde. En Europe, les politiques, les journalistes, les intellectuels ne parlent que de la Syrie et de l’Iran, passant sous silence – hallucinant – le génocide en cours au Congo. Les gouvernements sont au courant. Les ONG les alertent, comme récemment avec cette lettre de 15 ONG au Président Obama. Mais ils se taisent ou se contentent de quelques réponses çà et là, juste pour la forme.
L’humiliation
Au Congo, le moral est au plus bas. Un profond sentiment d’humiliation ronge les esprits suite à l’affaire du M23, la milice tutsie soutenue par le Rwanda et l’Ouganda qui s’est emparée de la ville de Goma, capitale de la province riche en coltan du Nord-Kivu, le 20 novembre 2012. L’attaque a provoqué l’exode des populations et une catastrophe humanitaire, en plus des dizaines de Congolais tués. Leurs corps jonchaient les routes que femmes et enfants, chargés de bagages, arpentaient dans leur fuite devant l’avancée des troupes d’agression. Puisque, justement, le M23 n’est qu’une façade, c’est le visage du Rwanda qui est revenu dans la mémoire collective. Le Congo à nouveau battu par le Rwanda, un pays 90 fois plus petit qui, aidé par les pays occidentaux, mène au Congo des guerres répétées de pillage, de massacres et de viols. Des guerres sales mais dont tout indique qu’elles vont se poursuivre, les autorités congolaises étant infiniment impuissantes.
Le régime de Joseph Kabila, mis en place par les armées rwandaises et ougandaises, est associé aux responsables des humiliations subies par les Congolais. Il aurait entrepris d’affaiblir l’armée nationale pour faciliter les razzias rwando-ougandaises sur les richesses minières du Congo au profit des multinationales. Des opérations lourdes de conséquences qui laissent des femmes violées, déshonorées et délaissées par leurs maris, des enfants recrutés de force et des morts par millier. Les Congolais sont dans un état de détresse politique, les autorités nationales jouant quasiment le jeu de l’« ennemi ». Les négociations en cours à Kampala entre le gouvernement congolais et le M23 sont vécues comme un acte de trahison. Cette trahison remonte aux fameux accords de Lemera[2] (sorte de Wagon de l’Armistice couplé avec les frustrations du Traité de Versailles), qui consacrent le « dictat » officieux du Rwanda sur le Congo, dont les autorités ont la particularité de « se dérober » chaque fois que Paul Kagamé monte au créneau.
La détresse
Ainsi les Congolais n’ont véritablement aucune autorité nationale sur qui compter. Au-delà, les casques bleus ont montré leurs limites. Ils coûtent chaque année 1,5 milliards de dollars aux contribuables du monde entier qui financent la Mission des Nations Unies au Congo (MONUSCO). Mais depuis leur arrivée en avril 2001, les viols et les massacres se produisent parfois en leur présence, comme le massacre de Kiwanja[3] en novembre 2008. En novembre dernier, ils sont restés les bras croisés pendant qu’un Etat membre de l’ONU se faisait agresser, que sa population se faisait tuer, et que l’ONU elle-même décrivait dans ses rapports[4] le crime d’agression et nommait les agresseurs, images à l’appui (voir documents annexés). Ils ont pourtant le mandat pour agir et protéger la population, en application du chapitre 7 de la Charte des Nations-Unies. Un véritable échec, voire carrément une honte. Mais ils ne sont pas les seuls à blâmer.
Les grandes puissances brillent par leur discrétion. On imagine aisément pourquoi. Le pillage des minerais du Congo est réalisé par le Rwanda et l’Ouganda au profit des multinationales. Le coltan du Nord-Kivu est utilisé dans la fabrication des téléphones portables. Donc toute une chaîne qui va du minerai pillé au Congo aux opérateurs de la téléphonie mobile en passant par les usines en Asie, les banques d’affaires, les assurances, les entreprises et leurs sous-traitants,… les financements politiques. Et les lobbies mandatés par les multinationales veillent sur nos élus et nos institutions « démocratiques ». Un système mafieux rondement mené à l’échelle internationale, ce qui pourrait expliquer le silence « collectif » de « ceux qui ont l’habitude de dénoncer les violations des droits de l’homme dans le monde » (Syrie, Iran, pays musulmans,…).
Par ailleurs, on se souvient de l’engagement pris par la communauté internationale après le génocide rwandais de 1994 : « plus jamais ça ». Ce génocide avait coûté la vie à 800 mille personnes, le génocide congolais, qui continue, a coûté la vie à 6 millions de personnes, c’est-à-dire 7,5 fois plus. Où est passé le « plus jamais ça » ? Naturellement, on éprouve un malaise face à six millions de morts après avoir juré qu’il n’y aurait « plus jamais ça ». Reste à savoir jusqu’à quand devra-t-on se taire sous le poids du malaise.
Les leçons de l’histoire
Que faut-il faire ? Il faut régler trois problèmes avec des moyens et des conséquences qui nous font retomber dans les leçons de l’histoire. Le peuple congolais doit se prendre à charge tout seul. Puisqu’il n’est ni écouté, ni soutenu, et que ses martyrs (six millions de morts, zéro procès) sont bafoués, il doit s’appuyer sur des « patriotes » parmi les plus déterminés. Peu importe l’appellation qui leur sera attribuée (nationalistes, extrémistes). C’est le recours ultime d’un peuple en pleine détresse politique.
Ceux-ci devront dans un premier temps lutter contre le régime actuel de Joseph Kabila, devenu un boulet pour le Congo, et obtenir son départ définitif. C’est un régime fondamentalement illégitime (arrivée à Kinshasa par infraction au droit international : agressions rwando-ougandaise ; deux élections toutes frauduleuses – 2006 et 2011) et qui a échoué sur quasiment tous les plans. Ils devront, dans la foulée, refuser le dictat rwando-ougandais sur le Congo, rejeter les accords de Lemera et tous les accords secrets conclus avec les régimes de Paul Kagamé et Yoweri Museveni. Le Congo n’a pas d’avenir en restant sous le joug du dictateur rwandais qui tient dans la soumission[5] les autorités de Kinshasa.
Les « patriotes » congolais devront, par la suite, faire entendre la cause des victimes sur lesquelles les grands médias et les grandes puissances s’emploient à entretenir la loi du silence. Exiger que justice leur soit rendue, ce qui peut mener aux guerres de vengeance, faute de justice. Car aucune société n’avance durablement sans faire le deuil de ses martyrs, civils et militaires.
Enfin, les « patriotes » congolais devront mettre fin au pillage des richesses du Congo. Le pays a besoin de ces richesses pour se développer (il manque de routes, d’hôpitaux, d’écoles,…), entretemps leur exploitation anarchique est source de guerres interminables, de corruption généralisée et d’une pauvreté extrême. Le Congo est, en effet, classé pays le plus pauvre du monde[6] malgré ses immenses richesses minières[7].
Il se pose toutefois un problème avec le recours aux « patriotes déterminés » (nationalistes ou révolutionnaires). Ils ont tellement marqué l’histoire des nations que leur irruption à la tête d’un pays aussi stratégique que le Congo devrait faire réfléchir à deux fois. Nés dans le martyre d’un peuple, les nationalistes/révolutionnaires, une fois au pouvoir, vivent dans la paranoïa. D’où la militarisation du pays à outrance, la « traque » contre les étrangers (ennemis de l’intérieur), la mainmise sur les entreprises, les guerres préventives,... Tout commence par les conditions de leur accession au pouvoir, guère rassurantes.
Dans le cas du Congo, on est à peu près certain que le jour où le Rwanda attaquera à nouveau et infligera, comme d’habitude, une défaite humiliante à l’armée congolaise, une révolte populaire risquera de précipiter la fin du régime, déjà affaibli, de Joseph Kabila. Le pays serait alors dans une situation comparable à celle de la France au lendemain de la prise de la Bastille (Révolution française) ou de la chute du Tsar (Révolution bolchévique). Le peuple décide de s’occuper directement des affaires du pays parce que les autorités sont tellement incapables. Le pire des scénarios est celui de la Nuit des Longs Couteaux (Révolution hitlérienne). Malheureusement, on sait comment tout cela se termine. Les Français en voulaient à leur roi (Louis XVI). Ils ont engendré la Terreur, la guillotine, Napoléon Bonaparte et ses ravages militaires à travers l’Europe. Les Russes en voulaient à leur Tsar. Ils ont engendré l’Union Soviétique, la Guerre froide et mis le monde au bord de l’apocalypse nucléaire. Les Allemands n’en pouvaient plus du dictat imposé par le Traité de Versailles et l’apathie de la corvéable République du Weimar. Ils ont fini avec Hitler et la Seconde Guerre mondiale.
Des peuples bafoués et humiliés deviennent des bombes à retardement. Même un peuple d’un minuscule pays (sur la carte) comme le Rwanda. C’est le laissez-faire de la communauté internationale face au génocide rwandais qui a permis aux dirigeants actuels, extrémistes et sans scrupule, de prendre le pouvoir à Kigali. Les guerres de massacres, de viols et de pillages menées actuellement au Congo trouvent leur origine dans le conflit entre Hutus et Tutsis rwandais, abandonnés entre eux par la communauté internationale en avril 1994. On a choisi de rester les bras croisés. Comme les casques bleus actuellement au Congo.
En tout cas, au pays comme dans la diaspora, les Congolais passent et repassent les images de leurs femmes et enfants massacrés, les corps des soldats congolais tués dans leur propre pays et abandonnés à même le sol pendant que les troupes d’agressions paradent dans une ville congolaise, en territoire conquis. Les soldats congolais, humiliés, mais applaudis par la population, ruminent leur amertume. Ils auraient pu l’emporter (victoire de l’armée congolaise à Kibumba, 113 soldats rwandais tués) s’ils n’avaient pas été trahis. En 1918 un jeune soldat allemand attribua la défaite militaire à la trahison des autorités. Il rumina son ressentiment pendant des années et finit Führer… Les leçons de l’histoire…

 
C’est ce qu’on sent méditer François Mitterrand et Helmut Kohl, le 22 septembre 1984 devant l’ossuaire de Douaumont. Sur le Congo, on méditera plus tard, sûrement quand il sera trop tard.

Boniface MUSAVULI
agoravox.fr

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