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vendredi 22 mai 2015

RDC, un dialogue qui risque de déboucher vers un glissement du calendrier électoral

L’opposition a rejeté lundi le "dialogue politique" proposé par le président de la République Démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, y voyant une manoeuvre pour permettre au chef de l’Etat de se maintenir au pouvoir au-delà du terme de son mandat. "L’opposition politique congolaise ne trouve pas d’opportunité [à] un dialogue qui risque de nous entraîner dans un chemin de transition" et de déboucher vers un "glissement du calendrier électoral en violation de la Constitution", ont fait savoir dans une déclaration publique quelques dizaines d’opposants de divers partis, réunis à Kinshasa.  La déclaration a été lue notamment au nom de dirigeants du Mouvement de libération du Congo (MLC) et de l’Union pour la Nation congolaise (UNC), deux des trois principales formations de l’opposition représentées à l’Assemblée nationale.
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Dialogue mort-né

Où en sont les préparatifs du «Dialogue» entre la mouvance kabiliste et les représentants des forces politiques les plus significatives de l’opposition ? Deux semaines après les contacts amorcés, le 2 mai dernier, par Kalev Mutond, l’administrateur général de l’Agence nationale de renseignements (ANR), avec les plus hauts responsables de l’UDPS, l’UNC et le MLC, le constat est là : les pourparlers annoncés sont toujours au point de départ. Le « format », le 
« moment » et les « termes de référence » restent à définir de commun accord. La réunion de la «majorité présidentielle» tenue le mercredi 13 mai, à la ferme de Kingakati, sous la présidence de «Joseph Kabila», risque de gêner aux entournures la démarche confiée au chef barbouze Kalev Mutond. Pour la mouvance kabiliste, le calendrier électoral publié le 12 février 2015 n’est pas négociable. L’UDPS, l’UNC et le MLC sont d’un avis contraire. Ces formations politiques restent ouvertes au dialogue tout en insistant sur leur attachement au respect de la Constitution. Une nuance : le parti cher à «Tshitshi» continue à considérer la « vérité des urnes » sur les élections de 2011 comme un préalable aux discussions. C’est un secret de Polichinelle : « Joseph Kabila » tient à rester calife à la place du calife après 2016. L’homme - qui mène des actions assimilables à une pré-campagne électorale - paraît prêt à recourir à la force ou à la ruse pour atteindre son objectif. On peut gager qu’il a suivi et continue de suivre avec le plus grand intérêt les réactions de la « communauté internationale » à l’égard de dérive dictatoriale du régime burundais de Pierre Nkurunziza. Des réactions qualifiées par de "molles" par des analystes...

Dialogue sans objet 

Deux semaines après le passage du patron de l’ANR au siège de l’UDPS, de l’UNC et du MLC, le dialogue annoncé reste au point de départ. Faute d’arbitre ou médiateur pour donner le coup de "gong". La semaine qui commence sera cruciale pour fixer l’opinion sur la viabilité et le sérieux des discussions annoncées. Certains analystes parlent déjà d’un « dialogue mort-né ». Les calculs, la méfiance et les exigences maximalistes des uns et des autres pourraient handicaper toute idée de compromis.
Mercredi 13 mai, «Joseph Kabila» a réuni dans sa ferme de Kingakati quelques bonzes de la "majorité présidentielle". C’est le cas notamment des membres du bureau politique et des présidents des groupes parlementaires. Le président sortant a été, comme à son habitude, incapable de donner l’impulsion. Encore moins de fixer un cap. 
A l’issue de cette rencontre, le président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku - qui est également le secrétaire exécutif de la majorité présidentielle -, a fait une déclaration de nature à rendre le dialogue claironné sans objet. Selon Minaku, la majorité présidentielle «soutient le calendrier électoral tel que fixé par la CENI». Autrement dit, le processus électoral est et reste tel que prévoit le chronogramme de la CENI : le vote commence par les élections locales, urbaines et municipales. Au grand dam de l’opposition. Une opposition qui a déposé, début mars, une contre-proposition de calendrier donnant préséance à l’élection présidentielle et aux législatives. 

« Joseph Kabila » le calculateur… 

Près de deux ans après les «Concertations nationales», certains acteurs politiques et de la société civile ont difficile à digérer ce qu’ils considèrent comme du mépris de la part de « Joseph Kabila ». En cause, le fait que celui-ci ait passé par «pertes et profits» les 679 recommandations issues de ces assises en général et les «100» qui ont été sélectionnées à son intention, en particulier. Pour ces acteurs socio-politiques, le « dialogue » en gestation ne pourrait être qu’une "entourloupette" de plus. 
En septembre 2013, Joseph Kabila avait appelé à la cohésion nationale au moment où il faisait face aux combattants du M23. Ceux-ci avaient à l’époque le vent en poupe. Dès que la menace est passée, le "raïs" s’est empressé de "s’asseoir" sur les résolutions censées renforcer la cohésion. On comprend que certains observateurs le suspecte de rejouer le même scenario avec pour objectif de contourner la pression internationale sur l’idée d’un troisième mandat.
Echaudée par cette situation précitée, la secrétaire générale du MLC (Mouvement de libération du Congo), Eve Bazaïba Masudi a dit tout le mal qu’elle pense. Dans une interview accordée mercredi 13 mai à radio Okapi, Bazaïba a dit sa disponibilité pour le «dialogue permanent» et le «débat». Elle a, en revanche, crié son horreur à toutes ces grandes réunions non-suivies de résultats. Tel a été, selon elle, le cas des Concertations nationales initiées en septembre 2013 par « Joseph Kabila ». « Dans le contexte actuel, nous avons besoin des élections et non d’un nouveau forum», a-t-elle souligné.

Au commencement était la « Cohésion nationale »

Lorsque « Joseph Kabila » eut l’idée d’organiser les concertations nationales en vue de « renforcer la cohésion nationale », il faisait face aux rebelles du M23. Des rebelles qui étaient en position de force. « Notre devoir aujourd’hui est d’être, chacun, un ardent partisan de la paix et de la cohésion nationale, déclarait-il devant les deux Chambres du Parlement. Nous devons bannir toute attitude, tout propos et tout comportement de nature à exacerber la division entre Congolais.
Agir autrement serait faire le jeu des ennemis de notre pays ». C’était le 7 septembre 2013. 
Clôturant, le 26 novembre 2013, les travaux de ces assises, « Joseph Kabila » dira que « l’objectif assigné à ces assises, forum d’échanges entre fils et filles de notre pays, dans un esprit républicain et de tolérance mutuelle, était de « dégager les voies et moyens susceptibles de rétablir et de consolider la cohésion interne ». «Je réaffirme mon engagement d’accélérer la mise en œuvre des recommandations de ces assises, de façon méthodique, mais en évitant toute précipitation», ajoutait-il.
Dix-huit mois après, aucune des cent recommandations transmises à la Présidence de la République n’a connu le moindre début d’application. « La première recommandation prohibait toute révision constitutionnelle, a souligné Eve Bazaïba. La seconde préconisait l’ouverture de l’espace médiatique et politique ». Plusieurs médias proches de l’opposition sont réduits au silence depuis plusieurs années. De même, plusieurs personnalités de l’opposition croupissent dans les cellules de la prison de Makala ou dans les cachots de l’ANR.

« Glissement »

Depuis la publication du très controversé ouvrage «De la révision constitutionnelle à l’inanition de la nation» d’Evariste Boshab, «Joseph Kabila» et les «durs» de son régime ne cessent de multiplier des subterfuges pour faire passer dans l’imaginaire collectif la "pilule" d’un troisième mandat. La "réponse" de la population à Kinshasa et à Goma a été bruyante. C’était aux cours des journées des 19, 20 et 21 janvier.
Depuis son avènement à la tête de l’Etat congolais, un certain 26 janvier 2001, "Joseph Kabila" n’a jamais manifesté le moindre intérêt pour la «démocratie locale». En 2006 et 2011, les élections locales, urbaines et municipales ont été proprement ignorées. "Il n’ y a pas d’argent", entend-on dire.
Contre toute attente, le « calendrier électoral et global » rendu public le 12 février dernier par la CENI prévoit la "première place" aux élections locales, suivies des provinciales. Ces scrutins sont fixés au mois d’octobre prochain.
Une anecdote. Lors d’une réunion tenue le 22 mars à Kingakati entre les «faucons» et les «frondeurs» de la majorité présidentielle (Ndlr : Dany Banza Maloba, AC ; José Endundo Bononge, PDC ; Olivier Kamitatu, ARC ; Gabriel Kyungu wa Kumwanza, UNAFEC ; Charles Mwando Nsimba, UNADEC ; Pierre Lumbi Okongo, MSR ; Christophe Lutundula Apala, MSSD), l’ancien ministre de l’Intérieur, Richard Muyej a lancé une phrase lourde de sous-entendus : « Vous refusez les élections locales alors que ce sont ces élections qui vont permettre au ’Chef’ d’obtenir le glissement du calendrier électoral». Muyej sera immédiatement recadré par Aubin Minaku : «Le chef de l’Etat ne nous a pas donné mandat pour parler du glissement ».
Depuis plusieurs mois, «Joseph Kabila» affiche l’attitude d’un politicien en pré-campagne électorale. Fuite en avant ? Le parc agro-industriel de Bukanga Lonzo (coût : 280 millions $) dont la première récole a eu lieu le 8 mars, le marché international de Maluku dont la première pierre a été posée le 7 mars par le Premier ministre Augustin Matata Ponyo, la réhabilitation d’un tronçon routier de 15 kilomètres sur la route Boma-Matadi. Ce sont là les quelques actions très médiatisées menées par celui qui peine à se comporter en "président sortant". Il y a lieu d’ajouter la récente « campagne médicale » à Lubumbashi sous le patronage de la « Mama présidente » Olive Lembe di Sita. Une campagne financée, semble-t-il, par la Fondation Dan Gertler. Il se murmure à Lubumbashi que plusieurs patients ont perdu la vie suite à des interventions chirurgicales bâclées.

« Deal secret » entre L’UDPS et le PPRD : info ou intox ?

Au total, l’UDPS, l’UNC et le MLC soutiennent la position officielle ci-après : «Oui au dialogue pour pacifier le processus électoral, mais non à toute idée de prolonger le mandat de Joseph Kabila via un partage du pouvoir ». La Société civile et des organisations de défense des droits humains ne disent pas autre chose.
Dans un communiqué publié le 20 avril, les partis de l’opposition exigent notamment l’inscription de nouveaux majeurs dans le fichier électoral et le renvoi des élections locales après novembre 2016. Ils ont, par ailleurs, fustigé « l’improvisation et la précipitation » avec lesquelles « Monsieur Kabila » a décidé d’installer les nouvelles provinces et entités territorialement décentralisées. 
Selon un cadre de l’UNC (Union pour la Nation Congolaise), joint au téléphone samedi 16 mai, à Kinshasa, les élections provinciales doivent être fixées après 2016. Sauf si le vote a lieu uniquement dans les onze provinces actuelles. 
«Comment pourrait-on organiser les élections provinciales dans les 26 nouvelles provinciales alors que la nouvelle territoriale n’est même pas mise en place ? », s’est-il interrogé. 
Depuis fin janvier dernier, des informations difficiles à vérifier font état de «tractations secrètes» entre la direction de l’UDPS et la Présidence de la République. A Kinshasa, des sources laissent entendre que "Joseph Kabila" aurait instruit Aubin Minaku, le président de l’Assemblée nationale, d’engager des pourparlers avec la direction de l’UDPS. But : négocier la formation d’un gouvernement de transition avec Félix Tshisekedi Tshilombo comme Premier ministre. «C’est de la foutaise!», aime rétorquer l’intéressé. Un cadre de l’UDPS contacté récemment de renchérir : «Ce ne sont que des rumeurs!».
Comme pour tordre le cou à ces "rumeurs", dans un communiqué daté du 8 mai 2015, le président de l’UDPS, Etienne Tshisekedi wa Mulumba renvoie l’émissaire de «Joseph Kabila» à la «Feuille de route» publiée le 14 février 2015. Pour l’essentiel, il exige, avant toute chose, de régler le "contentieux électoral" de novembre 2011. Lors de l’élection présidentielle et les législatives du 28 novembre 2011, des observateurs tant nationaux qu’internationaux avaient dénoncé de nombreuses irrégularités. Pour Tshisekedi, importe d’«identifier les responsables de la fraude électorale (…) ». Des responsables qu’il faudrait écarter « de la gestion du pays à tous les nouveaux et du déroulement du processus électoral en cours ». "Tshitshi" sera-t-il entendu? On peut en douter.
Après avoir souffler le froid, le même communiqué de souffler le chaud en mettant l’accent "sur la nécessité de préparer de manière consensuelle des élections libres et transparentes, dans un climat apaisé". « Dans l’intérêt de la Nation, nous tenons à éviter les pertes de temps inutiles ainsi que les manœuvres dilatoires visant à contourner les exigences constitutionnelles régissant les échéances électorales et à favoriser un éventuel glissement ».
Les positions des principaux partis de l’opposition étant connues, il reste à scruter l’attitude de «Joseph Kabila». L’homme est réputé peu respectueux de la parole donnée. Pire, il ne fait rien sans calcul. Pour lui, le dialogue «initié» vise en réalité à desserrer l’étau international contre l’idée d’un troisième mandat. Un "glissement" du calendrier électoral ferait l’affaire par la mise en place d’un "gouvernement de transition". Un gouvernement qui aura notamment pour mission de rédiger une nouvelle Constitution. Bonjour, la présidence à vie!
En tous cas, la position définitive de la « communauté internationale » à l’égard du dictateur burundais Pierre Nkurunziza ne manquera pas servir de « jurisprudence » aux autres satrapes du continent décidés à s’accrocher au pouvoir...

[Congoindépendant]

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