Ils leur ont expliqué qu’ils partagent leurs peines et les ont rassurés de la détermination de leur institution respective à continuer à œuvrer pour qu’elles retrouvent une situation normale.
Les quelque 600 personnes (selon les ONG) déplacées et installées sur le site de Linakoyo (Dungu) du fait des attaques de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) ont vécu un moment particulier vendredi 13 avril.
Dans la grande cour de ce camp, elles ont accueilli le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA), M. Abou Moussa, et l’Envoyé spécial de l’Union africaine (UA) pour la question de l’Armée LRA, M. Francisco Madeira.
« Nous sommes venus vous dire que nous sommes préoccupés par la situation difficile que vous vivez. Nous tenons surtout à vous rassurer que l’Union africaine et les Nations Unies, ainsi que tous nos partenaires sommes mobilisés afin de mettre fin aux atrocités de la LRA », a résumé M. Madeira.
Il a saisi cette opportunité pour expliquer aux victimes les initiatives conjointes entreprises depuis plusieurs mois par l’UA et l’ONU. Il a aussi évoqué l’importance de la Force régionale d’intervention (FRI) autorisée par l’UA pour traquer Joseph Kony, le leader de la LRA, et ses hommes. M. Madeira a officiellement présenté aux populations le commandant de ladite Force, le Colonel ougandais Dick Prit Olum. « Je vous encourage à apporter au colonel Olum l’appui nécessaire pour la réussite de sa mission.
Il a été désigné pour mettre toute son expérience et son expertise militaire à contribution pour neutraliser tous les criminels qui menacent votre vie », a dit l’Envoyé spécial de l’UA pour la question de la LRA, sous les applaudissements de la foule.
M. Abou Moussa n’a pas caché son émotion face aux problèmes humanitaires auxquels sont confrontés les déplacés. « Notre vœu le plus cher est que vous retournez chez vous et que vous continuez à vaquer à vos occupations habituelles. Nous allons tous continuer à travailler pour que cet objectif soit atteint », a souligné le chef de l’UNOCA.
Les témoignages de deux représentants des populations concernées l’ont davantage touché. Ils ont mis l’accent sur l’absence d’eau potable, les difficultés d’envoyer les enfants à l’école ou de se faire soigner et, de façon générale, « les conditions de vie insoutenables » dans le site, où vivent 168 familles (selon les ONG), dont une femme qui, il y a trois mois, a dû abandonner ses deux enfants de 4 et 6 ans à Durba, un village situé à 225 kilomètres de Dungu. « Je n’ai pas de leurs nouvelles. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus », témoigne-t-elle, éplorée.
« Nous sommes conscients de tous vos problèmes. Nous allons intensifier la sensibilisation auprès des différentes parties prenantes afin qu’une solution durable soit trouvée. L’idéal étant, comme je l’ai déjà dit, qu’on puisse créer un environnement propice pour que vous rentrez chez vous », a noté M. Moussa, félicitant le travail que mènent des agences des Nations Unies et plusieurs ONG présentes sur le terrain.
Une séance de travail avec ces entités a permis d’échanger des points de vue sur la façon de renforcer la coopération et la coordination avec les Forces que l’Union africaine s’apprête à déployer à Dungu, où se trouvent déjà les troupes congolaises et celles de la MONUSCO. MM. Abou Moussa et Francisco Madeira ont apprécié l’esprit de collaboration qui existe déjà entre ces différents acteurs, y compris en ce qui concerne le recueil et le partage des informations sur les attaques de la LRA. Ils ont été notamment édifiés sur les techniques de collecte et d’analyse des statistiques.
Un exposé a été présenté sur ce sujet par le Lieutenant-colonel Md Mizanur Rahman, coordonnateur du Centre conjoint de renseignements et d’opération (MONUSCO) et le brigadier général Shabbir Ul-Karim, Commandant de la Brigade d’Ituri, une zone militaire située au Nord-est de la RDC. « Nous analysons toutes les données qui sont portées à notre connaissance, ce qui peut expliquer les écarts souvent constatés entre les chiffres des organisations humanitaires et ceux que nous diffusons », ont-ils souligné, réagissant aux préoccupations de MM. Moussa et Madeira sur cette question cruciale.
« Nous faisons des recoupements nécessaires en tenant compte de plusieurs indices et du mode opératoire de la LRA », précisent les deux officiers.
MM. Abou Moussa et Francisco Madeira quittent Dungu samedi 14 avril pour Obo (Sud-est de la République centrafricaine). L’étape congolaise leur a permis de toucher du doigt les réalités et les dégâts de la LRA.
Elle a été aussi marquée par une réunion avec les autorités de Kinshasa (Premier ministre, ministres de la Défense, de la Justice et des Affaires étrangères), des diplomates (Ambassadeurs des USA, de Russie et représentant de l’Union européenne) et des collègues de la MONUSCO.

L’Avenir
(DN/Yes)